Intoxication par les plantes
Plus que jamais, le voyage est l'occasion de se souvenir que la nature n'a pas que du bon.
Il existe autant, ou plus, de plantes vénéneuses que de plantes comestibles.
Un voyage dans les continents africains, indiens, sud et centre-américains ou asiatiques est l'occasion unique d'entendre de merveilleuses et terrifiantes histoires d'envoûtements, de sorcellerie, de pouvoirs immenses que possèdent ceux qui connaissent l'usage des plantes.
Il ne faut surtout pas prendre ces dires à la légère, mais au contraire les écouter avec respect et prudence : des millénaires de pratiques rituelles ont forcément donné aux sorciers et marabouts locaux une connaissance empirique mais réelle des poisons et contre-poisons végétaux.
Nombreux sont ceux qui se sont crus à l'abri de leur rationalisme européen et qui le regrettent aujourd'hui.
Par ailleurs, c'est à la tradition qu'on doit la découverte de l'action de la quinine ou de tant de médicaments dérivés des plantes.
L'Organisation Mondiale de la Santé a lancé sur tous les continents un vaste programme pour identifier les plantes traditionnelles et tester leur action, tel le centre de recherches de Dakar.
Les principales plantes dangereuses d'Europe
Il est devenu rare, mais pas impossible, de confondre ail et oignon avec le narcisse ou le colchique ; le navet ou le raifort avec la bryone ou l'aconit, le persil ou le cerfeuil avec la ciguë ; la salade des champs avec le colchique, la gentiane avec le vératre.
Les baies sont encore plus dangereuses, d'autant qu'elles attirent l'enfant par leur couleur rouge ou noire.
Les baies rouges et sucrées de l'arum sont le plus souvent responsables d'intoxications accidentelles avec celles de la belladone, de la bryone, du chèvrefeuille, les fruits de la vigne blanche ou clématite, du cytise, du daphné, de la datura, de la douce-amère, de la glycine, du gui, de l'if, du laurier-rose, du lierre, de la vigne vierge.
Cinq à vingt-cinq amandes amères de noyaux de fruits, pêche ou abricot, suffisent à donner une intoxication grave.
Et bien entendu, les champignons mal identifiés restent de larges pourvoyeurs des centres anti-poisons.
Les principales plantes tropicales dangereuses
Plus de 700 plantes hautement toxiques ont été recensées.
Toutes les parties peuvent être en cause : racines, tiges, feuilles, fruits et graines.
Cela va par exemple du bulbe d'amaryllis aux feuilles de l'avocatier ou de l'agave, en passant par la sève de l'euphorbe ou du manguier.
Même le banal tubercule de manioc, qui ne doit être consommé qu'après une fermentation prolongée de trois à six jours, est toxique.
Il faudrait ajouter à cette liste toutes les drogues plus ou moins douces utilisées ici ou là : cannabis, khat, coca, opium, kola, boissons fermentées.
Effets des intoxications par les plantes
Ils sont extrêmement variables :
- signes digestifs avec brûlures, douleurs, nausées et vomissements.
- signes nerveux centraux avec euphorie, hyper-sensibilité, troubles de l'équilibre, céphalées, hallucinations, délires.
- signes nerveux végétatifs avec bouche sèche ou hypersalivation, pupilles serrées, rétention urinaire.
- signes cardiaques avec arythmie, modifications du pouls, hyper ou hypotension artérielle, respiration difficile.
- signes cutanés avec éruptions, rougeurs, oedèmes de la peau ou des muqueuses.
- atteintes du foie ou des reins.
- abaissement du sucre sanguin aboutissant à un coma.
Comment éviter une intoxication par les plantes?
Il n'y a aucun danger si l'on ne sort pas des sentiers battus de l'industrie touristique : les hôtels n'ont jamais servi de produits volontairement toxiques.
La question se pose pour un séjour en brousse, loin de toute structure.
Trois règles semblent impératives pour limiter les risques :
- ne jamais cueillir un fruit ou une plante soi-même.
- ne jamais cuisiner soi-même des plantes indigènes sans les conseils d'un cuisinier local.
- ne jamais consommer des plantes ou des boissons inconnues, lors d'une fête traditionnelle par exemple, sans qu'un "parrain" ou un guide ne vous y autorise.
Plus la fête semble grandiose, plus le danger potentiel est grand.
Elle sert souvent de cérémonie d'initiation au cours de laquelle les impétrants vont faire un voyage initiatique sous l'emprise d'une substance hallucinogène.
Les organismes et les esprits occidentaux ne sont pas préparés à ce type de voyages et risquent de payer leur curiosité de leur raison ou de leur vie.
Conseils pour les voyageurs curieux
Engagez un cuisinier et du personnel local qui connaissent parfaitement les plantes de leur région.
ils vous enseigneront leurs recettes avec beaucoup de plaisir et de fierté, comme les vieux sages et les sorciers-herboristes.
Leur science est plus ancienne que notre médecine.
En prime, ils vous narreront de merveilleuses histoires sur chaque plante.



